L’agrivoltaïsme désigne la combinaison, sur une même parcelle, d’une production agricole et d’une production d’électricité solaire. Ce double usage du sol suscite autant d’intérêt que de questions : quelles cultures sous les panneaux, quel cadre légal en Wallonie, quelles incidences sur la biodiversité ?
L’agrivoltaïsme, qu’est-ce que c’est ?
L’agrivoltaïsme est un système qui associe, sur une même surface, une production agricole et une production d’énergie renouvelable au moyen de panneaux photovoltaïques. Le nom dit tout : « agri » pour l’agriculture, « voltaïsme » pour l’électricité solaire.
Concrètement, les panneaux surplombent les cultures, prairies ou pâturages, ou s’intercalent entre leurs rangs, sans interrompre l’activité agricole menée sous et autour de l’installation. C’est ce double usage du sol qui distingue l’agrivoltaïsme d’un simple parc solaire au sol, où la vocation agricole disparaît. L’enjeu est d’obtenir une véritable synergie entre les deux productions, et non de sacrifier l’une au profit de l’autre.
Pourquoi l’agrivoltaïsme connaît-il un tel essor ?
L’agrivoltaïsme séduit parce qu’il répond, en une seule installation, à deux pressions qui montent en parallèle : la raréfaction des terres disponibles et l’urgence de la transition énergétique.
Selon l’évaluation mondiale de l’IPBES, publiée en 2019, environ 75 % du milieu terrestre est aujourd’hui « sévèrement altéré » par les activités humaines. Dans ce contexte, un dispositif qui permet de produire de l’énergie sans retirer la terre à l’agriculture apparaît comme une piste précieuse : une gestion raisonnée des sols devient indispensable pour que nature et activités humaines puissent coexister.
À cela s’ajoutent les atouts propres à l’électricité photovoltaïque : un faible impact carbone, une mise en œuvre rapide et des coûts en baisse continue. Ces qualités en font l’un des piliers de la transition énergétique et un levier pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. La combinaison des deux logiques, alimentaire et énergétique, explique l’intérêt croissant des exploitants comme des développeurs.
Quelle agriculture sous les panneaux ?
Le principal défi d’un système agrivoltaïque est la réduction du rayonnement solaire au sol, autrement dit l’ombrage porté par les panneaux. Toute la conception vise à trouver le bon équilibre entre l’électricité produite et la lumière laissée aux plantes.
L’agrivoltaïsme peut prendre de très nombreuses formes selon la production visée :
- Prairies de fauche et pâturage (ovins, parfois bovins) ;
- Grandes cultures et maraîchage entre les rangs de panneaux ;
- Arboriculture et production de fruits ;
- Cultures spécialisées comme la vigne ;
- Serres agrivoltaïques.
Les cultures se développent alors entre et au pied des panneaux. Les fabricants conçoivent aujourd’hui des systèmes de trackers ou de panneaux pilotables, capables de suivre la course du soleil ou de se placer en position verticale lors d’événements pluvieux, afin d’optimiser la répartition d’eau pour les plantes.
Pour l’agriculteur, ces installations impliquent souvent d’adapter les pratiques et le matériel, en fonction de l’implantation retenue et de la culture prévue. De manière générale, l’exploitation tend à être plus extensive que l’agriculture conventionnelle, et parfois moins rentable, du fait de l’emprise de l’installation solaire. Qu’il s’agisse de cultures ou d’élevage, la réussite d’un projet dépend fortement des conditions locales et du type de dispositif.
Accès au foncier, biodiversité : quels garde-fous ?
Dès les premiers projets, l’accès au foncier a soulevé une question centrale : comment éviter que la rente solaire ne prenne le pas sur la vocation nourricière des terres ? Des garde-fous ont été posés pour garantir la priorité à la production agricole.
En France, le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 fixe un seuil clair : la production agricole est jugée significative lorsque le rendement moyen par hectare reste supérieur à 90 % de celui d’une zone témoin comparable, la perte liée aux panneaux étant ainsi limitée à 10 % (Légifrance). Le décret impose aussi des contrôles réguliers et prévoit que les revenus du projet bénéficient à l’ensemble des parties prenantes.
En Wallonie, la circulaire du 14 mars 2024 relative aux permis d’urbanisme pour le photovoltaïque poursuit un objectif comparable : limiter l’artificialisation des sols et préserver les terres agricoles dans leur fonction première, tout en maîtrisant les prix fonciers (SPW Territoire). Elle privilégie l’installation des panneaux sur les surfaces déjà urbanisées, à faible valeur écologique. Les zones agricoles peuvent être concernées sous certaines conditions, notamment pour des projets pilotes. Cette circulaire souligne également la nécessité de réaliser une étude écologique pour évaluer les incidences potentielles, y compris en zone agricole lorsque des espèces ou des habitats sensibles peuvent être concernés. Le texte insiste sur le fait que les projets ne doivent pas compromettre la biodiversité locale ni la qualité des sols.
En Flandre, bien qu’aucun texte réglementaire n’existe à ce jour sur le sujet, le Departement Omgeving et l’Agenschap Landbouw en Zeevisserij ont publié, en janvier 2025, une position commune : « Zonneparken en agrivoltaïcs in agrarisch gebied ».
A Bruxelles, aucun cadre légal ne concerne le sujet. Toutefois, à l’échelle du territoire régional, la proportion de terres agricoles est peu significative.
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Région |
Cadre spécifique agrivoltaïsme |
Point d’attention |
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Wallonie |
Circulaire du 14 mars 2024, donne des lignes directrices | Étude écologique attendue ; priorité aux surfaces urbanisées.
Projet souvent soumis à permis, traité au cas par cas. |
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Bruxelles-Capitale |
Pas de cadre spécifique | Peu de terres agricoles ; enjeu marginal. |
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Flandre |
Pas de cadre spécifique. Publication d’une position commune de l’administration en janvier 2025. | Soumis à autorisation (omgevingsvergunning), traité au cas par cas. |
Quelles incidences sur l’environnement et la biodiversité ?
Les incidences d’un projet agrivoltaïque sont extrêmement variables : elles dépendent du type d’installation, de son implantation, du contexte écologique et de l’exploitation agricole retenue. Les impacts ne sont donc pas toujours prévisibles, et les connaissances scientifiques restent limitées, en particulier sur la faune sauvage.
Quelques tendances se dégagent néanmoins de la littérature scientifique. En modifiant les conditions microclimatiques locales (température, lumière, humidité), les panneaux créent une mosaïque de micro-habitats. Certaines études parlent même d’un nouveau type d’habitat : la flore qui se développe sous et autour des panneaux influence à son tour les insectes présents et l’ensemble de la chaîne trophique. Sur des sites écologiquement appauvris, des approches dites « écovoltaïque » ou « conservoltaïque » explorent la possibilité d’utiliser ces infrastructures pour favoriser la biodiversité. Ces effets positifs ne restaurent toutefois pas l’ensemble des fonctions d’un écosystème naturel.
À l’inverse, les incidences néfastes les plus souvent relevées sont les suivantes :
- La dégradation, voire la destruction, d’habitats lorsque le projet s’installe sur ou à proximité d’un site d’intérêt écologique ;
- La perturbation du comportement de certaines espèces (insectes « polarotactiques », oiseaux, chauves-souris), avec des effets d’aversion ou d’attrait pouvant conduire à un effet de piègeécologique et à des échecs de reproduction ;
- L’accentuation de la fragmentation des habitats par création d’exclos (zone d’exclusion pour certains animaux), qui perturbe les déplacements et la dispersion de la grande faune.
Pour ces raisons, il est recommandé de ne pas implanter de champ agrivoltaïque à proximité de milieux à enjeux de conservation, mais plutôt sur des sites déjà artificialisés, dégradés ou de très faible valeur écologique. Dans tous les cas, une étude écologique préalable permet d’évaluer les incidences potentielles et d’orienter la conception du projet.
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En résumé
L’agrivoltaïsme permet un double usage du sol : produire de l’électricité solaire sans renoncer à l’activité agricole. Son intérêt tient à la pression foncière et à la nécessité d’une transition énergétique. Mais chaque projet est un cas particulier : le choix du dispositif, de l’implantation et de la culture conditionne à la fois le rendement agricole et les incidences sur la biodiversité. En Wallonie, la circulaire du 14 mars 2024 encadre déjà l’implantation et attend une étude écologique tandis qu’à Bruxelles et en Flandre, aucun cadre spécifique n’existe encore.
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FAQ
L’agrivoltaïsme, c’est quoi exactement ?
C’est un système qui combine, sur une même parcelle, une production agricole et une production d’électricité solaire au moyen de panneaux photovoltaïques. Il se distingue d’un parc solaire au sol par le maintien réel de l’activité agricole sous et autour des panneaux.
Faut-il un permis pour un projet agrivoltaïque en Wallonie ?
Oui. Un projet en zone agricole relève d’un permis d’urbanisme et, selon son ampleur et son contexte, d’une évaluation des incidences sur l’environnement. La circulaire du 14 mars 2024 exige que la note d’évaluation des incidences comprenne une analyse paysagère et une analyse des impacts sur la faune, la flore et l’environnement.
Quelles cultures peut-on pratiquer sous les panneaux ?
Prairies de fauche, pâturage, grandes cultures, maraîchage, arboriculture, vigne ou serres. Le choix dépend de l’ombrage, du type d’installation et des conditions locales. L’exploitation tend à être plus extensive que l’agriculture conventionnelle.
L’agrivoltaïsme a-t-il un effet sur la biodiversité ?
Les deux sont possibles. Sur un site dégradé, une installation bien conçue peut favoriser une forme de renaturation. Sur ou près d’un site à enjeux écologiques, elle peut au contraire dégrader des habitats, fragmenter les espaces et perturber oiseaux, chauves-souris ou insectes. D’où l’importance d’une étude écologique préalable.





