Avec un niveau jaune de vigilance sécheresse à Bruxelles, un code orange sécheresse en Flandre et 20 communes wallonnes sous arrêté de restriction, l’été 2026 rappelle l’importance d’une approche intégrée de la gestion des eaux pluviales face au changement climatique.
Été 2026 : Niveaux de vigilance sécheresse activés en Belgique
À Bruxelles, la Cellule régionale Sécheresse a activé le 4 août 2026 le niveau jaune correspondant à la phase de vigilance, en raison de la faible pluviométrie, de la baisse continue des nappes et de débits de cours d’eau non navigables en diminution.
En Wallonie, le bilan hebdomadaire du 9 septembre 2026 est plus sévère encore : la Haute Meuse rejoint les niveaux de 2022, près de la moitié des stations de mesure des cours d’eau non navigables affiche des valeurs inférieures au percentile P95 (soit une fréquence supérieure à 20 ans). 20 communes ont adopté un arrêté de restriction d’usage de l’eau, dont Bouillon, Rochefort, Saint-Hubert, Chimay, Theux et Libramont.
En Flandre, la Droogtecommissie a placé la Région en niveau orange (niveau 2) depuis le 16 juillet 2026. Cela fait suite au même constat d’un déficit en eau généralisé et à l’abaissement des nappes.
L’Institut Royal Météorologique nous indique par ailleurs qu’à la mi-septembre 2026, non seulement la situation n’a guère évolué mais les prévisions des prochains jours ne sont pas favorables.

Outre le manque de précipitations, l’une des sources du problème tient dans le paradoxe suivant : pour se prémunir des inondations dans les bâtiments, les eaux de pluie sont généralement évacuées à l’égout public. Résultat, une part considérable de la pluie qui tombe sur les parcelles bâties rejoint l’égout, transite par la station d’épuration, ce qui engendre des coûts considérables, et ne recharge pas la nappe en direct.
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Récupérer, infiltrer, temporiser : les trois leviers de la gestion intégrée des eaux pluviales
Une Gestion intégrée des Eaux Pluviales (GiEP) performante combine trois fonctions distinctes.
La récupération vise l’économie de la ressource : la citerne alimente les usages ne nécessitant pas d’eau potable, à savoir les chasses d’eau, le nettoyage des communs et l’arrosage des plantations. C’est le levier le plus directement lié à la sécheresse, puisque chaque m³ récupéré est un m³ non prélevé sur le réseau de distribution en période de stress hydrique.
La temporisation vise la protection contre l’inondation : massifs et noues d’infiltration, toitures végétalisées et/ou stockantes. Le bassin d’orage ne doit être envisagé qu’en dernier recours, dans des zones densément urbanisées, sans accès à la pleine terre.
L’infiltration vise la recharge de la nappe via des dispositifs d’infiltration mais aussi la réduction du ruissellement via la modification des matériaux de revêtement autrefois imperméables en surfaces perméables : noues ou jardins de pluie, pavés poreux, désimperméabilisation des parkings en plein air, abords végétalisés, etc. L’infiltration joue un rôle important lors des épisodes secs : une nappe alimentée en hiver et au printemps soutient l’étiage des cours d’eau l’été suivant. À l’échelle de la parcelle, l’infiltration recharge aussi la réserve d’eau du sol, dont dépend directement la végétation en période sèche. La plateforme Renature.brussels et ses fiches actions Eau proposent un cadre opérationnel utile sur ce volet, en valorisant la restauration des zones humides et la reconnexion du réseau hydrographique.
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Infiltration et récupération : ce que la réglementation impose déjà
En Wallonie, le Code de l’eau (Art. R.277, §4) impose une hiérarchie des exutoires en zone d’assainissement collectif. Cela signifie que l’évacuation des eaux pluviales doit se faire en priorité via le premier échelon de la hiérarchie, puis, si ce n’est pas possible ou suffisant, via le suivant :
1° prioritairement dans le sol par infiltration ;
2° en cas d’impossibilité technique ou de disponibilité insuffisante du terrain, dans une voie artificielle d’écoulement ou dans une eau de surface ordinaire ;
3° en cas d’impossibilité d’évacuation selon les points 1° ou 2°, en égout.
En ce qui concerne les dispositifs d’infiltration, le temps de vidange doit être inférieur à 48 h et le débit de fuite à considérer est de :
- 2 l/(s.ha) pour les projets de plus de 500 m² de surface équivalente ruisselante (voir feuille de calcul GTI);
- 0,1 l/s pour les projets de moins de 500 m² de surface équivalente ruisselante (voir feuille de calcul GTI);
- 5 l/(s.ha) en zone d’activité économique.
En Wallonie toujours, la période de retour pour le calcul de dimensionnement est de minimum 25 ans. Les autorités locales peuvent néanmoins choisir une valeur supérieure pour augmenter le niveau de protection.
En Région bruxelloise, deux références articulent les exigences autour de la gestion des eaux pluviales.
D’une part, l’article 16 du Titre I du Règlement Régional d’Urbanisme impose qu’une récupération des eaux pluviales soit mise en place, à hauteur de 33 L/m² de toiture en projection horizontale pour tout immeuble neuf. En outre, l’article 13 du même Titre impose l’aménagement de toitures végétalisées pour toute toiture plate non accessible de plus de 100 m². Plusieurs communes, dont Forest et Uccle, ont adopté des Règlements Communaux d’Urbanisme (RCU) spécifiques aux eaux pluviales, plus exigeants que le régional : il faut donc systématiquement vérifier le RCU applicable avant de dimensionner.
D’autre part, Bruxelles Environnement recommande de prévoir un système capable de gérer une pluie centennale (soit une pluie de 60 mm pendant 4h pour un temps de retour de 100 ans) sur la parcelle et ainsi viser l’objectif de « zéro rejet à l’égout ». L’infiltration doit être la solution à privilégier avant le rejet des eaux de pluie en eaux de surface et, en dernier recours, la rétention par bassin d’orage (ou autre ouvrage artificiel enterré). Cette gestion des eaux de pluie sur la parcelle est exigée lorsque votre projet augmente ou modifie la surface au sol de plus de 20 m².
En parallèle, Bruxelles Environnement recommande également la récupération de l’eau pluviale à hauteur d’au moins 33 L/m² de toitures nues (voire 50 L/m² pour optimiser le système).
Les outils de dimensionnement
- BruWater: donne accès à la qualité des eaux de surface et souterraines, aux niveaux piézométriques et à la pluviométrie bruxelloise ;
- La Cellule régionale Sécheresse à Bruxelles et le bilan hebdomadaire wallon donnent l’état actualisé des nappes, des débits et des risques ;
- Les pages consacrées à la gestion intégrée des eaux pluviales du Guide Bâtiment Durable, bruxellois, qui couvrent les principes, le cadre réglementaire, les notions de pluviométrie et de ruissellement fournissent des calculateurs de dimensionnement (calculateurs Parcelle et Réutilisation) ;
- La brochure « L’eau à Bruxelles » portée par Coordination Senne, qui replace la gestion intégrée dans une vision de l’eau comme bien commun ;
- Le référentiel wallon pour la gestion des eaux de pluie.
Ces données publiques ne remplacent toutefois pas les mesures de terrain. L’état de pollution du sol, sa nature, ses caractéristiques physiques sont autant de facteurs qui conditionnent effectivement le potentiel d’infiltration.
- Si le sol est pollué, il faut éviter de déplacer cette pollution vers des couches plus profondes. Une analyse de risque ou d’autres études complémentaires de l’état du sol peuvent alors s’avérer nécessaires.
- Si le sol est argileux, sa capacité à infiltrer l’eau sera réduite. Il faut alors opter pour des dispositifs de plus grande superficie et diminuer la quantité d’eau à infiltrer par unité de surface.
- Si le sol est compacté, l’eau aura également plus de difficulté à s’infiltrer. Augmenter la surface d’infiltration ou décompacter le sol via des plantations par exemple sont des solutions à examiner.
Qu’est-ce que cela implique pour ma demande de permis ?
Dans un projet immobilier, la gestion des eaux pluviales est un point central à considérer en phase de conception. Elle conditionne l’aménagement paysager, les différentes surfaces du projet, le programme, les aménagements techniques, etc.

Concrètement, à Bruxelles, toute demande de permis suscitant des actes ou des travaux en contact avec le sol sur plus de 20 m² doit comporter plusieurs documents importants :
- Un plan de localisation des superficies de ruissellement et des zones d’infiltration/rétention ;
- Un tableau de superficies prises en considération, et les coefficients de ruissellement associés ;
- Les résultats des tests d’infiltration, accompagnés du rapport technique, dans le cas où des forages sont possibles ;
- Les calculateurs régionaux (Réutilisation et Parcelle) complétés ;
- Une note de dimensionnement explicitant le principe GiEP du projet ;
- Le concept schématisé de la GiEP.
En Wallonie, les demandes de permis pour les nouveaux projets doivent comporter les documents suivants :
- Une note de calcul du GTI (Groupe Transversal Inondations) détaillant les superficies de ruissellement, le volume d’eau à maîtriser et le temps de vidange des dispositifs envisagés ;
- Un rapport de perméabilité ;
- Un plan indiquant l’emplacement, l’emprise au sol et le dimensionnement du ou des dispositif(s) d’infiltration ou de rétention et le tracé du sens d’écoulement des dispositifs d’alimentation ;
- Des plans indiquant les modifications du relief du sol et les éventuelles déviations d’axes de ruissellement
- Une note explicative reprenant le détail de la gestion des eaux pluviales.
Parlons-en ! Nous proposons un accompagnement en matière de gestion des eaux pluviales et inondations. Notre équipe peut vous orienter dès le début de la conception de votre projet. Nous allions également nos compétences avec celles du bureau d’experts Sol-Ex pour les tests de perméabilité et études de sol. Nous élaborons les documents utiles à votre demande de permis d’environnement ou d’urbanisme. Le cas échéant, nous intégrons ces informations dans le rapport d’incidences. |
En résumé
La sécheresse de l’été 2026 n’est pas un épisode isolé : elle confirme que la ressource en eau est devenue un enjeu dans les projets immobiliers, au même titre que l’énergie.
La gestion intégrée des eaux pluviales constitue une solution à deux extrêmes du même dérèglement : elle réduit le volume d’eau rejeté à l’égout et elle recharge les nappes le reste de l’année.
Le cadre réglementaire, en Wallonie comme à Bruxelles, impose l’infiltration en première option : reste à la dimensionner en fonction des données et enjeux liés au site.
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FAQ
La citerne d’eau de pluie est-elle obligatoire pour toute nouvelle construction en Belgique ?
À Bruxelles, oui : l’article 16 du Titre I du RRU impose une citerne d’un volume minimal de 33 litres par m² de toiture en projection horizontale pour les nouvelles constructions. En Wallonie, il n’existe pas de volume unique imposé au niveau régional, mais le guide communal d’urbanisme peut imposer un volume minimal de récupération.
Puis-je évacuer mes eaux pluviales à l’égout si l’infiltration est compliquée ?
Uniquement en dernier recours. En Wallonie, l’exigence varie en fonction de la localisation du site (aléa d’inondation) et de la nature des travaux ((dé)imperméabilisation). A Bruxelles, l’évacuation à l’égout est tolérée sur des sites existants ne disposant pas de pleine terre, ou lorsqu’une pollution est présente dans le sol et que l’infiltration induit un risque de déplacement de cette pollution sur des couches plus profondes. Attention, un sol pollué ou compact ne rime pas forcément avec une impossibilité d’infiltrer.
Un essai d’infiltration est-il vraiment nécessaire pour mon projet ?
Il est fortement recommandé. Les valeurs de perméabilité issues des cartes pédologiques restent indicatives et peuvent s’écarter des mesures réelles. Un essai in situ, réalisé à la profondeur d’implantation de l’ouvrage, sécurise le dimensionnement et évite un refus ou une demande de compléments lors de la demande de permis. Si le site est totalement imperméabilisé en situation existante, les tests peuvent être réalisés lors du chantier et une valeur conservatrice de 10 mm/h peut être prise par défaut dans les calculateurs (source : Bruxelles Environnement).
Quelle est la différence entre volume de récupération et volume tampon ?
Le volume de récupération est destiné à être réutilisé (WC, nettoyage, arrosage…). Il conserve les eaux de pluie collectées jusqu’à leur utilisation. Le volume tampon, lui, doit rester disponible (et donc, vide) pour écrêter un évènement pluvieux intense. L’eau est évacuée en continu, à débit régulé. Le volume de récupération ne peut pas être comptabilisé comme un volume tampon.
En quoi la gestion intégrée des eaux pluviales aide-t-elle contre la sécheresse ?
En infiltrant l’eau de pluie à la parcelle plutôt qu’en l’envoyant à l’égout, l’eau retourne dans la nappe phréatique et peut ensuite alimenter les cours d’eau.
Quels outils publics consulter avant de dimensionner mon projet ?
BruWater pour les niveaux piézométriques, la qualité des eaux et la pluviométrie bruxelloise ; les pages sur la Gestion intégrée des Eaux Pluviales du Guide Bâtiment Durable pour le cadre méthodologique et les calculateurs Réutilisation et Parcelle pour le dimensionnement ; Renature.brussels pour les solutions fondées sur la nature ; et l’état hebdomadaire de la sécheresse publié par la Wallonie ou par la Cellule régionale Sécheresse à Bruxelles pour le contexte de la ressource ; le référentiel wallon pour la gestion des eaux de pluie.





